Par Roberson Alphonse 15 mai 2025 lenouvelliste.com

Alors qu’Haïti se fracasse sur un iceberg de violence, que l’on compte près de 7 000 morts en un an, 1 million de déplacés, des communautés ravagées, près de 5 millions d’affamés, des entreprises décimées et d’innombrables autres pertes au dépôt de bilan dans une économie en dépression depuis six ans et que larmes, sang, peine, rage, désespoir, incertitude sont les promesses de demain, le CPT (Conseil Presidentiel de transition) tranquillement dit vogue la galère, expression apparue vers 1450-1500 dans la Farce de Maître Mimin.

En dépit de ce désastre, amplifié ces jours-ci par le risque d’ « une paralysie complète du secteur pétrolier » et par l’arrêt de la centrale hydroélectrique de Péligre, non loin de Mirebalais, une ville du Plateau centrale contrôlée par les bandes armées, les géniteurs internationaux du CPT, empêtrés, profondément déçus, restent dans la critique molle.

Côté Haïtiens, ces « stakeholders » -comme on les appelle- … donnent une caution politique et morale au CPT, incapable d’assurer la première fonction régalienne de l’État : la sécurité de la population, la libre circulation des personnes et des biens…

…L’Association touristique d’Haïti, l’une des plus anciennes associations du secteur privé des affaires, mérite la palme de l’indifférence. Le Montcel, The Lodge, des hôtels sans noms, plus d’une centaines de maisons gingerbread partent en fumée. Le Marriott et des centaines d’établissements du secteur de l’hospitalité mettent la clé sous la porte. L’association se tait. L’Ispan, le ministère de la Culture, celui du Tourisme doivent sûrement chercher sur une carte où se trouve Turgeau et Furcy, où l’on détruit avec tant d’acharnement le patrimoine bâti, cet effacement de pans de la mémoire, de l’identité haïtienne.

Des noms glissent sur l’écran des smartphones. Ces noms, ce sont des hommes, des femmes d’affaires, des membres d’associations patronales, des gens respectables. L’on soupire. L’on se tait. Les associations patronales sont aussi bruyantes qu’un sourd-muet qui dort. L’on attend son tour, espérant secrètement un miracle. À défaut d’être le miracle, de produire le miracle, de forcer le miracle, d’incarner la résistance à ce destin funeste…

… Il reste que c’est l’une des rares fois dans notre histoire que les riches et les pauvres sont unis dans la souffrance. Mais le plus triste est qu’ils sont incapables de se parler, de se pardonner, de s’unir pour inventer le sauvetage et prendre le gouvernail du navire Haïti des mains indignes du CPT et alliés qui scandent tranquillement  » vogue la galère  ».

 

 

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