L’histoire, c’est l’histoire des guerres, disent certains, peut-être un peu trop rapidement. Et cela pour une double raison. S’il est vrai, d’une part, que l’histoire peut s’occuper des sociétés, des mentalités, des idées, des sciences, des religions, de l’économie, des grands hommes…comme des guerres, il reste qu’elle naît racontant des batailles. Et c’est tout à fait vrai avec Hérodote. Père fondateur de ce genre littéraire, si l’on en croit Cicéron, Hérodote, contemporain de Socrate, raconte des événements remontant aux guerres médiques opposant la Perse à la Grèce, puis parle d’Afrique, et de peuples mésopotamiens (les babyloniens). Thucydide, de son côté, évoque la guerre de Péloponnèse, et Xénophon celles de la Grèce du IVe s. av. J.C. Polybe, témoin historique de la montée en puissance de Rome, n’en fait évidemment pas exemption. Il profita de son amitié avec Scipion Émilien, qu’il suivit dans ses divers déplacements, pour rassembler des documents sur la géographie des régions visitées et les guerres puniques.
Si nous laissons ces historiens cités pour nous tourner vers ce qui est antérieur à Hérodote, nous pouvons constater, d’autre part, que l’Illiade d’Homère, sans être forcément une œuvre historique, parle de la guerre de Troie. Il est aussi question de guerres dans la littérature mésopotamienne et égyptienne, et la Bible n’en fait pas exception.
Si Hérodote, comme le veut Cicéron, est bel et bien le père de l’histoire en tant qu’entreprise scientifique, l’histoire au sens large du terme ne l’a pas attendu pour commencer. L’histoire entière de l’humanité est jalonnée de guerres. De quelque côté où l’on regarde, les violences de la guerre se font présentes. Et au cœur de cette histoire, l’homme avec ses complexités et ses contrastes, ses vulnérabilités et ses forces. C’est souvent dans ce lieu qu’on le trouve, comme s’il s’agissait de son lieu normal, naturel. Pour beaucoup d’ailleurs, la violence est le naturel de l’homme, à tout le moins, sa seconde nature. L’homme se plaît vraisemblablement à être violent, à faire souffrir et à donner la mort. La paix est souvent pour lui une parenthèse : le temps de mettre en place de nouvelles stratégies de guerre. Course vers la mort pour préserver la vie ou mieux la sécuriser, mieux la vivre. Parce que la vie est pour l’homme importante, il prend comme un plaisir malsain, voire pathologique à la saccager et la détruire.
Mais alors, que désignons-nous exactement, qu’est-ce que nous avons comme image mentale quand nous parlons de « violence » et de « guerre » ? Quelle conception avons-nous de cette forme bien particulière de violence qu’est la guerre ?
Une définition de la violence et de la guerre
L’Organisation Mondiale de la Santé définit la violence en ces termes : « Est violence tout usage intentionnel de la force physique ou du pouvoir, effectif ou sous forme de menace, contre soi, contre une autre personne ou contre un groupe ou une communauté, qui a pour résultat ou pour forte probabilité de résultat une blessure physique, la mort, une blessure psychologique, une atteinte au développement ou une privation ».
Soulignons les termes de « force physique ou du pouvoir » occasionnant des blessures ou de nature physique ou de nature psychologique ou les deux et, en définitive, la mort. La violence peut alors être exercée contre soi-même comme elle peut être dirigée contre un tiers qui peut être une personne individuelle ou tout un groupe de personnes.
Soulignons aussi l’idée d’« atteinte au développement ou une privation ». Il peut donc arriver que la violence entrave le développement (physique, psychique, intellectuelle, politique, économique et culturel…) d’un individu comme d’une communauté locale, régionale, nationale voire internationale, mondiale.
Cela étant, si la violence est génératrice de souffrance et de mort, elle n’est pas réductible à la guerre qui, elle-même, est une pratique vraisemblablement aussi vieille que l’humanité.
On en vient généralement à la guerre quand les autres moyens de convaincre ont montré leurs limites et se sont révélés impuissants à faire triompher une cause qui, comme toutes les cause, peut être juste ou injuste. C’est exactement ce que veut dire Carl von Clausewitz quand il soutient que « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Mais l’inverse n’est pas moins vrai non plus, car même s’il est plus difficilement réalisable, il peut y arriver que « l’épée le cède à la toge ». « Cedant arma togae ».
La guerre peut se définir comme une querelle de masse donnant lieu à des batailles multiples et variées… Elle peut ne pas toujours comporter des motifs clairs, ouvertement déclarés, avérés et justes, mais elle a toujours été, est et sera toujours occasion de violences, de destructions. Cela est vrai même quand on parle de « frappes chirurgicales ». Il s’agit toujours de donner la mort et de faire de plus de mal possible pour faire plier l’autre, s’il arrive qu’il survive à ce désastre.
La guerre mobilise toujours de l’énergie, toujours des ressources, de l’intelligence. Elle peut concerner plus de deux États en même temps et avoir des conséquences bien au-delà des États qui y sont impliqués.
Quand la guerre ne concerne pas que les armées belligérantes mais entraîne dans le conflit toute la population, elle est dite « totale ». Elle est dite « civile », quand ce sont les factions à l’intérieur d’un même État qui se battent entre elles. Elle est évidemment dite continentale, intercontinentale ou même mondiale selon qu’elle concerne tout un continent, plusieurs continents à la fois ou même le monde. Quand elle se limite à deux États, on parle de guerre inter-État.
Plus qu’une question de stratégie, de supériorité en armes et en troupes, la guerre est devenue une affaire de technologie, mais elle ne cesse pas d’être un lieu de mobilisation d’hommes, de combattants, de soldats. Qu’est-ce alors qu’un soldat ?
Qu’est-ce qu’un soldat?
Ce sont normalement les armées qui se battent. Et si les généraux sont importants dans l’armée, il ne peut être pourtant question d’armées sans soldats. C’est communément comme soldat que l’on s’enrôle dans l’armée. Le statut de soldat est le premier grade que l’on obtient dans une armée régulière.
Plusieurs termes, en latin, sont utilisés pour désigner l’armée : legio, onis par exemple, ou encore exercitu, us. Si le terme miles, itis, soldat, renvoie tout aussi au fait d’être enrôlé dans une armée, il ne semble pas moins renvoyer à salum, is, et donc à la ration du sel que recevait l’embrigadé romain pour la conservation de ses aliments. Aujourd’hui encore, contrairement au mercenaire qui reçoit un salaire, ce que reçoit le militaire n’est pas un « salaire », mais un « solde ». Un salaire ne saurait compenser les risques entraînés par la noblesse de ce métier qui consiste principalement à défendre les frontières de l’État. La vie n’a pas de prix.
Le « métier » des armes est probablement aussi vieux que la plupart de nos institutions. Il a les racines plongées dans le néolithique et constitue l’un des trois ordres présents dans les sociétés indoeuropéennes : les laboratores (agriculteurs), les oratores (les prêtres et les moines), et les bellatores (les guerriers).
Alors qu’il est généralement interdit aux laboratores et orantes de verser le sang – sauf, dans le cas des prêtres, pour motif de sacrifice, pour autant que le sacrifice humain et pas seulement animal était d’usage –, les bellatores, eux, sont exemptés de ce tabou. Ils tuent et s’exposent à être tués. S’ils risquent de verser leur sang sur le front, ils sont donc aussi autorisés à verser le sang des autres – les ennemis de la cité, de l’État.
En raison même de ce pouvoir que lui confère cette exemption, et donc en raison des risques que les bellatores peuvent se faire encourir mutuellement et à plus forte raison des préjudices qu’ils peuvent aussi faire subir à la société alors même qu’ils sont censés la défendre, leur statut est généralement régi par des règles strictes. Ils sont par exemple astreints à la discipline et obéissent à des chefs hiérarchiques qui sont d’autres militaires, même s’il peut arriver qu’ils soient aussi des civils. Aujourd’hui, dans la plupart des pays, le chef d’État est également le chef des armées, qu’il commande indirectement par le truchement du Général en chef.
La guerre est l’affaire du politique comme du militaire. Le politique déclare la guerre, mais ce sont les militaires qui la font, rappelle un Général retraité de l’armée dans une récente conférence. Et s’il faut se garder de confondre les deux ordres, il importe pourtant qu’ils se communiquent. La victoire est à ce prix.
Dans les sociétés où il n’est pas question de service militaires, l’armée fait le plus souvent figure d’un milieu opaque duquel on ignore tout ou presque en termes d’organisation. Rappelons alors quelques principes de la structure élémentaire de ce corps de service si utile à la sécurité de nos frontières.
Mode d’organisation d’une armée régulière
La plupart des grades, dans l’armée, sont les suivants: soldat, caporal, sergent, capitaine, colonel, général. Les lieutenants sont, comme le mot l’indique, des « tenant lieu de… » capitaines, colonels, généraux. En condition normale, on ne reste pas toute sa vie un lieutenant. Il s’agit d’un grade transitoire. L’état-major n’est pas un grade en tant que tel; il désigne l’ensemble des haut-gradés et donc des officiers.
Il est à noter que toutes les armées ne s’organisent pas nécessairement sur ce modèle. Par exemple, l’Amiral est un grade marin qui a son origine dans les armées musulmanes. Généralement inexistant dans les autres armées, le Maréchal est un grade typiquement français, qui est toutefois adopté dans l’armée de l’Égypte contemporaine.
L’escadron, généralement constitué de cent militaires, est la base de l’armée. Il est, lui-même, subdivisé en pelotons et en escouades. Deux escadrons constituent un bataillon, et deux bataillons, un régiment. Le nombre de militaires qu’ont les officiers et les sous-officiers sous leur commandement dépend de leur grade respectif dans la hiérarchie militaire.
contemporaine par exemple.