« Nous sommes tous coupables »
Dans ce théâtre tropical où l’absurde gouverne sans opposition, nous avons inventé une spécialité nationale : la lâcheté élégante. Elle se porte bien, merci. Elle se décline en silence poli, en indignation privée, en courage différé. Et pendant ce temps, le pays brûle… en sourdine. Il est toujours commode d’accuser les dirigeants — ces silhouettes grasses qui défilent dans les couloirs du pouvoir, la conscience en veille et les poches en éveil. Mais ce confort moral est une fraude. Une supercherie collective. Une anesthésie nationale. Car la vérité est plus tranchante qu’un sabre sans fourreau : Nous sommes tous coupables. Comme le martelait Frankétienne dans son cri devenu miroir, Nou Tout Koupab, la faute n’est pas un monopole d’État. Elle est un patrimoine partagé. Une copropriété morale où chacun détient une part — même minuscule — de la faillite. Nous voyons. Nous entendons. Nous comprenons. Et nous nous taisons. Ce silence n’est pas une pause. C’est une signature. Nous signons chaque jour des contrats invisibles avec l’inacceptable. Nous renouvelons, par notre mutisme, le bail de la corruption. Nous votons, sans urne, pour la continuité du chaos. Quelle étrange République que celle où le cri devient suspect et le silence respectable. La peur, dit-on, nous paralyse. Soit. Mais depuis quand la peur est-elle devenue une politique publique ? Depuis quand a-t-elle été promue au rang d’institution nationale ? Nous avons appris à baisser les yeux comme on apprend une langue étrangère. Nous
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